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Factur-X : le point d’avril 2026

Le 18 avril dernier, la DGFIP envoyait à toutes les entreprises de France un mail conseillant « d’effectuer dès maintenant les démarches pour disposer d’une solution adaptée à votre organisation » (ci-dessous).

A la suite de ce mail, nous recevons beaucoup d’appels téléphoniques de chefs d’entreprises demandant des informations, ce que cet article synthétise à leur intention.

Bonne lecture !

Point de situation en avril 2026

Environ 4.5 millions d’entreprises en France sont concernées par cette nouvelle contrainte, or à ce jour (avril 2026), environ 375 000 entreprises seulement sont présentes dans l’annuaire de l’état. Ce qui veut dire que plus de 90% des entreprises n’ont pas encore entamé de démarche d’immatriculation auprès d’une PA, dont une très large part (selon les sources, de 2 à 2.5 millions) utilisent un simple tableur pour émettre leur factures. Pour ces dernières, c’est la double peine, puisqu’elles devront s’équiper, en plus, d’un logiciel dédié.

Il n’est donc pas anormal que la DGFIP s’inquiète de la lenteur de cette mise en place, qui s’explique pourtant très naturellement. En effet, d’une part aucune entreprise n’a demandé que lui soit imposée une nouvelle norme de contrôle fiscal en temps réel (rappelons que la mise en place de ces systèmes trouve son origine dans une recommandation de l’OCDE). Et d’autre part, l’administration qui avait au départ promis un portail public de facturation national et gratuit (à l’image de Chorus), est revenu sur cet engagement et à délégué cette mission à plus d’une centaine d’entreprises privées, les fameuses « PA » (plateformes agrées), dont l’offre n’est actuellement pas stabilisée, tant en termes de technique, que de protection des données, que de coûts.

Gestan n’a pas vocation à réaliser la transmission de vos données personnelles et de facturation au système étatique, aussi, comme de nombreux autres éditeurs de logiciels, nous sommes en cours d’ajout d’une brique logicielle externe pour assurer cette transmission. Cependant, nous venons de découvrir que la solution que nous avons choisie, bien qu’agrée par l’état, nous propose un mode d’utilisation fragile en matière de confidentialité : en effet, dans ce système, nous aurions accès à la totalité des données de facturation des clients et devrions en assurer le support.

La faible résistance aux attaques des données transitant par Internet et des bases générales est connue. Très régulièrement, de très nombreuses grandes entreprises comme Orange, Free, l’OM, Boulanger, Cultura, ou des administrations françaises comme la Banque de France, la CAF, France Travail, ou encore l’ANTS, ont vu leurs données piratées. Pour prendre un exemple récent, le 17 et le 18 mars 2026, un acteur malveillant s’est introduit dans la plateforme de formation en ligne du ministère de l’Intérieur, gérée par une société privée, et a siphonné les données professionnelles de près de 200.000 agents de l’état. Selon SurfShark, la France est le pays d’Europe le plus touché par les fuites de données. Or multiplier les accès aux données des entreprises fragilise d’autant la sécurité de ces données, ce que nous souhaitons éviter.

Nous sommes donc en négociation avec ce partenaire pour une modification de son offre technique qui nous permette de protéger davantage la confidentialité des données en diminuant les points d’exposition, mais aussi d’une solution dans laquelle l’éditeur de l’ERP, en l’occurrence nous-même, n’aurait pas à assurer le support technique d’une solution tierce.

Nous sommes également attentifs au coûts générés par ce service. Apparemment, aucune instance professionnelle (MEDEF, CGPME, syndicats, interprofession, juristes, etc.) n’a jugé anormal qu’il devienne obligatoire de payer pour émettre une facture, que l’état s’introduise systématiquement dans un contrat de droit privé, ni que soit instauré une obligation de moyen incongrue, discrimination numérique qui n’améliore en rien la liberté d’entreprendre pourtant garantie par tous les textes juridiques et jurisprudentiels. Et la question de coûts n’est pas limpide : pour le moment, ils sont établis sur la base de volumes de factures émises et reçues, mais aussi, dans certains cas, au nombre d’interactions avec les données. Or actuellement, nous ne connaissons pas le nombre total de factures émises ou reçues par les utilisateurs de Gestan.

Comme l’administration a prévu qu’il soit difficile de changer de plateforme, toutes les PA font un forcing pour séduire le maximum de clients possibles, y compris en promettant la gratuité d’un service qui risque bien de conforter l’adage connu « quand c’est gratuit, c’est vous le produit ». En effet, le moteur légitime des entreprises privées étant la rentabilité des services qu’elles proposent, cette « gratuité » est surtout un argument commercial. Et la stabilité des tarifs n’étant aucunement garantie, et il n’est pas improbable que les directions financières de ces PA, avec une clientèle en pratique captive, seront très tentées par des augmentations de tarifs, avec les meilleurs raisons du monde, sur le même modèle que les augmentations de la CSG/CRDS. Un prix facial, sans visibilité sur sa stabilité dans le temps, n’a pas beaucoup de valeur.

Au plan pratique

Pratiquement, comment va se passer la mise en place ?

S’il reste de nombreuses interrogations pendantes (cas de facturation complexe, cas de la modification des factures, des erreurs, des rejets, etc), les grandes lignes du système sont les suivantes :

L’immatriculation

La première de étapes sera, comme y appelle la DGFIP, d’inscrire votre entreprise auprès d’une PA.

Il y a trois cas possibles :

  • soit la PA proposée par votre comptable
  • soit toute PA personnelle
  • soit la PA de Gestan

Dans ces trois cas, il faudra fournir à cette PA des documents permettant de vous identifier : photo du dirigeant, scan de documents, etc, qui vont alimenter une gigantesque base de données numériques, cible idéale pour tout pirate de niveau amateur, professionnel ou étatique. Ce choix pouvant être lourd de conséquences, nous recommandons de ne l’effectuer qu’à bon escient.

Gestan proposera dans quelques semaines l’inscription à l’annuaire de surveillance d’état, via la PA que nous avons choisie.

La réception (sept 2026)

Dans les deux premiers cas (PA du comptable ou PA personnelle), vous commencerez, en septembre 2026, à recevoir les factures de vos gros fournisseurs (EDF, eau, assurances, administration) par le canal de votre comptable, ou de la PA que vous aurez choisie. En effet, les grosses entreprises sont tenues d’émettre leurs factures au format Factur-X dès septembre 2026. Parallèlement, vous continuerez à recevoir normalement les factures de vos « petits » fournisseurs, ces derniers n’étant pas encore tenus d’émettre leurs factures via ce système avant septembre 2027.

Dans le troisième cas (PA de Gestan), Gestan ira lire, via la PA de Gestan, les factures fournisseur reçues, et les intégrera automatiquement à la liste actuelle des factures fournisseur. Au moment où vous effectuerez le règlement, la PA de Gestan mettra à jour le statut de la facture, et ce statut sera transmis à votre fournisseur. Gestan proposera une mise à jour du statut soit manuelle, soit automatique.

L’émission (sept 2027)

Dans les deux premiers cas (PA du comptable ou PA personnelle), vous aurez accès à un portail internet, dans lequel il faudra injecter vos factures émises au format Factur-X, opération qui pourrait devenir fastidieuse, en fonction du nombre de factures émises. Selon le nombre de demandes, nous pourrons probablement développer des interfaces d’émission pour ces autres PA, mais probablement pas avant 2028, notre priorité allant à la stabilisation de l’usage de la PA de Gestan.

Dans le troisième cas (PA de Gestan), vous continuerez à créer vos factures normalement dans Gestan. Puis, pour les transmettre, le bouton actuel de génération d’un mail sera remplacé (ou complété) par un bouton d’injection dans le système Factur-X, ce qui modifiera le statut de la facture dans Gestan comme actuellement. Mais en plus, il y aura un second indicateur de statut, qui précisera l’état de réception de la facture par votre client, statut qui sera mis à jour par la PA de votre client, et lu via la PA de Gestan.

Bienvenue dans le monde moderne…

 

Le mail de la DGFIP du 18/04/2026

De « Direction générale des Finances publiques » <no-reply-pnm@dgfip.finances.gouv.fr>
À x.xxxxxx@xxxxx-xxxxx.com
Date 18/04/2026 21:52:28
Objet FACTURATION ÉLECTRONIQUE : Désignation d’une plateforme de réception de factures électroniques

SIREN concerné(s): XXXXXXXXXX,YYYYYYYYYYY

Bonjour,

La facturation électronique devient obligatoire le 1er septembre 2026.

À compter de cette date, toutes les entreprises devront donc pouvoir recevoir les factures électroniques que leurs fournisseurs leur envoient.

C’est pourquoi votre entreprise doit choisir une plateforme de réception de factures électroniques, agréée par la Direction générale des Finances publiques.

D’après les informations dont dispose l’administration, votre entreprise n’a pas encore fait ce choix. Nous vous conseillons d’effectuer dès maintenant les démarches pour disposer d’une solution adaptée à votre organisation.

Selon votre situation, il suffit de vous rapprocher :

  • d’un expert-comptable, d’un organisme de gestion ou d’un autre intermédiaire de confiance ;
  • d’un éditeur de logiciel de facturation, de comptabilité ou de suivi des encaissements ;
  • ou directement d’une plateforme agréée.

La liste des plateformes agréées par l’administration est disponible sur impots.gouv.fr.

Si votre entreprise a déjà choisi une plateforme de réception pour ses factures, vous pouvez ignorer ce message.

Vous pouvez consulter la page « je passe à la facturation électronique » sur impots.gouv.fr où vous trouverez de plus amples informations. Vous pouvez également contacter l’administration au 0 806 807 807 (du lundi au vendredi de 8h30 à 18 h – service gratuit + prix appel) pour obtenir des informations complémentaires.

Nous vous remercions de votre attention.

La Direction générale des Finances publiques

 

 

3 Responses

  1. Brivael dit :

    Elon Musk avait dit un truc qui m’avait marqué sur l’allocation de ressources. En substance : passé un certain niveau de richesse, l’argent n’est plus de la consommation, c’est de l’allocation de capital.

    Cette phrase change tout.

    L’économie, dans le fond, c’est juste un problème d’allocation. Tu as des ressources finies et des usages infinis. Qui décide où va quoi ?

    Imagine une cour de récré. 100 enfants, des paquets de cartes Pokémon distribués au hasard. Tu laisses faire. Très vite, un ordre émerge. Les bons joueurs accumulent les cartes rares, les collectionneurs trient, les négociateurs trouvent des deals. Personne n’a planifié. Et pourtant chaque carte finit dans les mains de celui qui en tire le plus de valeur. Le système maximise le bonheur total de la cour. C’est ça, la main invisible.

    Maintenant fais entrer la maîtresse. Elle trouve ça injuste. Léo a 50 cartes, Tom en a 3. Elle confisque, redistribue, impose l’égalité. Trois effets immédiats. Les bons joueurs arrêtent de jouer, à quoi bon. Les mauvais n’ont plus de raison de progresser, ils auront leur part. Les échanges s’effondrent. La cour est égale, et morte. Elle a maximisé l’égalité, elle a détruit le bonheur.

    Le problème de la maîtresse, c’est qu’elle ne peut pas avoir l’information que la cour avait collectivement. C’est le problème du calcul économique de Mises, formulé en 1920. L’URSS a essayé de le résoudre pendant 70 ans avec le Gosplan. Résultat : pénuries, queues, effondrement. Pas parce que les Soviétiques étaient bêtes, parce que le problème est mathématiquement insoluble en mode centralisé.

    Quand Musk a 200 milliards, il ne les consomme pas, il les alloue. SpaceX, Starlink, Neuralink, xAI. Chaque dollar est un pari sur le futur. Et lui a un track record. PayPal, Tesla, SpaceX. Il a démontré qu’il sait identifier des problèmes immenses et y allouer des ressources avec un rendement spectaculaire.

    L’État aussi a un track record. Hôpitaux qui s’effondrent, éducation qui décline, dette qui explose, services publics qui se dégradent malgré des budgets en hausse constante. Le marché identifie les bons allocateurs, la politique identifie les bons communicants.

    Le profit n’est pas une finalité, c’est un signal. Il dit : tu as alloué des ressources rares vers un usage que les gens valorisent suffisamment pour payer. Plus le profit est gros, plus la création de valeur est grande. Quand Starlink est rentable, ça veut dire que des millions de gens dans des zones rurales ont enfin internet. Quand un ministère est en déficit, ça veut dire qu’il consomme plus qu’il ne produit. L’un crée, l’autre détruit, et on appelle ça redistribution.

    Dans nos sociétés il y a deux catégories d’acteurs. Les entrepreneurs et les bureaucrates. L’entrepreneur prend un risque personnel pour identifier un problème, mobiliser des ressources, créer une solution. S’il se trompe il perd. S’il a raison, ses clients gagnent, ses employés gagnent, ses fournisseurs gagnent, l’État collecte des impôts. Il est la cellule de base du progrès humain.

    Le bureaucrate ne prend aucun risque personnel. Son salaire est garanti. Au mieux il maintient une rente existante. Au pire il la détruit par excès de réglementation, mauvaise allocation forcée, incitations perverses qui découragent ceux qui produisent. Mais dans aucun cas il ne crée.

    Regarde les 50 dernières années. iPhone, internet civil, SpaceX, Tesla, Google, Amazon, Stripe, mRNA, ChatGPT. Toutes des inventions privées, portées par des entrepreneurs, financées par du capital risque. Pas un seul ministère n’a inventé quoi que ce soit qui ait changé ta vie au quotidien.

    La France est devenue le laboratoire mondial de la dérive bureaucratique. 57% du PIB en dépenses publiques, record absolu. Une administration tentaculaire, une fiscalité qui pénalise la création de richesse. Résultat : décrochage face aux États-Unis, à l’Allemagne, à la Suisse. Fuite des cerveaux. Désindustrialisation. Dette qui explose.

    Et le pire c’est que la mauvaise allocation s’auto-renforce. Plus l’État prélève, moins les entrepreneurs créent. Moins ils créent, moins il y a de base fiscale. Plus l’État s’endette et taxe. Boucle de rétroaction négative parfaite. La maîtresse pense qu’elle aide, et chaque année la cour produit moins.

    Dans nos sociétés, ce sont les entrepreneurs, toujours, qui font avancer la civilisation. Les bureaucrates au mieux maintiennent une rente, au pire la détruisent. Aucune société n’a jamais progressé en taxant ses créateurs pour subventionner ses gestionnaires.

    La question n’est jamais qui a combien. C’est qui alloue le mieux la prochaine unité de ressource pour maximiser le futur de l’humanité. La réponse depuis 200 ans n’a jamais changé. Ce ne sont pas les fonctionnaires.

    Et Factur-X en constitue un bon exemple : une taxe (de temps, de rigidité, de souveraineté) contre les créateurs, pour alimenter une économpie parasitaire (les PA), et qui génère un poids administratif supplémentaire, via les fonctionnaires nécessaires pour traiter les masses de données abusivement récoltées.

  2. Bonjour,

    Merci beaucoup pour toutes ces explications qui nous permettent d’y voir plus clair et de répondre à beaucoup de nos interrogations et d’angoisser un peu moins à l’arrivée de la facture électronique.

    Vous faites du bon boulot Gestan.

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